Quand, comment et de quelle ampleur?
Le plan de restructuration de l'armée peut-il intervenir avant les réformes constitutionnelles sensées prévenir les velléités sécessionnistes, qui, de l'avis de tous, puisent leur énergie dans l'importance de la force de frappe de l'île telle que prévue par les lois organiques? Al-watwan ouvre ce débat qui, au vue des évènements de cette dernière décennie, est crucial pour l'intégrité du pays et son avenir.
Le débarquement militaire à Anjouan s'accompagne d'un plan de restructuration des forces armées comoriennes élaboré par l'Union africaine et largement inspiré des dispositions constitutionnelles de l'Union des Comores et des lois organiques. Ce plan, cité plusieurs fois
dans les communiqués de l'Union africaine, du conseil de sécurité et des réunions ministérielles, prévoit trois phases. Il sera mis en œuvre dans le cadre de l'organisation des élections présidentielles de l'île d'Anjouan, une fois matée la rébellion sur cette île.
En un premier temps, l'Union africaine prévoit le cantonnement des forces de la gendarmerie. Mis à l'écart dans le processus de retour de l'île à l'ordre républicain, ces forces se contenteront d'attendre sagement au camp. Leur dispersion après la désintégration des Fga peut être une bombe à retardement qu'il est impératif d'éviter.
Les élections programmées à Anjouan seront sécurisées par la Mission d'assistance électorale et sécuritaire de l'Union africaine aux Comores (Maes). Une fois la phase élective achevée, commencera alors le lourd programme de l'insertion des éléments de la Force de la gendarmerie anjouanaise (Fga), au sein de l'armée nationale de développement. C'est cette incorporation qui ouvrira la voie à la création de la force de sécurité de l'île d'Anjouan, telle que préconisée par les lois organiques et c'est là que le gros problème réside. Le plan de restructuration devra-t-il être engagé avant d'entamer les réformes constitutionnelles sensées prévenir les velléités sécessionnistes, qui, de l'avis de beaucoup, puisent leur énergie dans la force de frappe de l'île, telle que prévue par les lois organiques?
Priver pour toujours à l'Union d'une force dissuasive
Ces lois organiques, adoptées par l'opposition au colonel Azali, se sont inspirées de tout l'argumentaire du colonel Bacar et des Fga, pour créer des forces similaires à Mohéli et en Grande-comore. La logique serait d'opérer autrement, en installant au même titre qu'à Mohéli et en Grande-comore, des détachements de l'armée, largement supérieur en nombre et suffisamment équipés pour jouer le rôle de garant de l'unité et de l'intégrité du territoire. Dans les deux îles de Mohéli et de la Grande-comore, la gendarmerie et les forces comoriens de défense, bien que confondues dans l'armée nationale de développement (AND), sont distinctes par leur mission propre et leur type d'armement. A Anjouan, Mohamed Bacar a rendu inexistantes ou presque les forces comoriennes de défense, pour constituer les forces de la gendarmerie d'Anjouan (Fga), en incorporant les éléments des Fcd. L'objectif étant de priver pour toujours à l'Union d'une force suffisamment dissuasive dans l'île. Et il y est parvenu.
Cette situation a permis au président Bacar, contrairement aux deux autres îles, de défier en permanence, les lois de la République, de repousser les ordonnances du gouvernement de l'Union et les arrêts de la Cour constitutionnelle qui l'indisposaient. La suprématie des décisions de l'Union, sur l'ensemble du territoire s'est trouvée compromise à Anjouan. Ce passé récent démontre que le plan de restructuration de l'armée, telle que conçue par l'Union africaine, dans sa deuxième phase, devra peut être attendre les réformes institutionnelles projetées.
Ne serait-il pas sage de cantonner les forces de la gendarmerie d'Anjouan dans leur camp, d'implanter l'armée nationale sur l'île et de lancer simultanément une réflexion profonde sur la restructuration des forces armées, qui conduira nécessairement à l'adoption des nouvelles lois organiques sur les forces de sécurité intérieure?
Le seul inconnu dans ce débat est le plan du colonel Salimou, le chef d'Etat major de l'armée. Il ne l'a pas encore dévoilé, et il ne peut être différent du plan du président de l'Union, qui est constitutionnellement, le chef des armées