Sur son lit de l'hôpital El-Maarouf de Moroni, Atoumane Mohamedi, opposant au président de l'île comorienne d'Anjouan Mohamed Bacar, agite ses deux bras plâtrés en racontant son calvaire: arrêté à Anjouan, il a été violemment passé à tabac et enfermé quinze jours sans procès.
"Ce sont les hommes de la garde présidentielle de Mohamed Bacar qui sont venus m'arrêter chez ma mère (le 15 février), ils étaient plus de 25 en uniforme et armés jusqu'aux dents", relate cet ancien candidat aux législatives d'Anjouan, arrivé à Moroni il y a deux jours.
L'escouade l'a conduit de force dans une voiture en dehors de la ville et violemment battu.
"Ils m'ont cassé les bras à coup de bâtons, m'ont fracturé des orteils et frappé sur la plante des pieds, aujourd'hui je peux à peine marcher. Après ils m'ont jeté en prison et ce n'est qu'après le versement par mon père à un proche de Bacar 200.000 francs comoriens (435 euros) qu'ils m'ont libéré", confie-t-il à l'AFP.
Les témoignages de ce genre sont répandus parmi les déplacés qui ont fui Anjouan pour se réfugier à Moroni, capitale de l'Union des Comores, archipel de l'océan Indien.
Selon le gouvernement, plus de 2.500 personnes on fui récemment en Grande-Comore et à Mohéli, les deux autres îles de l'archipel.
Anjouan est en crise ouverte avec l'Etat fédéral. M. Bacar, réélu président d'Anjouan le 10 juin 2007 à la suite d'une élection rejetée à la fois par l'UA et l'Etat fédéral, refuse depuis d'organiser de nouvelles élections et semble vouloir se maintenir au pouvoir à tout prix.
Anjouan avait fait sécession en 1997, avant de rentrer dans le giron des Comores fin 2001.
Le gouvernement fédéral a décidé de rétablir l'ordre à Anjouan en montant une opération militaire notamment soutenue par l'UA et la France.
Arrêté le 18 février à Anjouan, Abidi Ben Chaihane, 29 ans, ancien membre d'une cellule de campagne du président de l'Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi, n'a pas perdu son sens de l'humour malgré son passage à tabac.
Il explique que ses tortionnaires qui "portaient des cagoules et des uniformes", lui ont "demandé de danser et de chanter (...) après ils m'ont attaché, bâilloné et ont recommencé à frapper, surtout la plante des pieds". "J'ai réussi à fuir, observe-t-il fièrement, mais j'espère que j'arriverai à nouveau à danser", ajoute-t-il dans un sourire.
Avec lui, dans son cachot, six hommes avaient subi le même sort, avant d'être libérés et de quitter Anjouan pour recevoir des soins.
Lahidin Abdallah a eu moins de chance: hospitalisé lundi, il est à demi conscient et ne peut plus parler. Selon une source médicale, "les coups reçus dans l'abdomen provoquent des vomissements, ses pieds sont tuméfiés et il porte des écorchures sur tout le corps".
Farouche opposant du colonel Bacar et candidat à l'élection de 2007 à Anjouan, Mohamed Djaanfari fait état "de centaines de personnes arrêtées arbitrairement, détenues sans jugement et torturées (...) ou violées, de gens décédés après les sévices des gardes du corps de Bacar".
"Tous mes parents, tous les opposants à Bacar sont visés depuis que l'on parle du débarquement, soit plus de deux mois", affirme ce député.
Le Croissant-Rouge comorien n'a pas souhaité s'exprimer sur ces violations des droits de l'Homme, expliquant craindre pour la sécurité de ses agents travaillant à Anjouan.
Un défenseur des droits de l'Homme sous couvert d'anonymat a indiqué de son côté à l'AFP: "nous avons recueilli les mêmes témoignages (...) les violations et violences sont quotidiennes à Anjouan et se sont agravées dernièrement".
© 2008 AFP
Je suis complètement désolé!Les africains sont les memes!Moi je suis burundais,mais si on observe ce qui se passe à Anjouan on dirait que sont des burundais!