MORONI (AFP) — L'opinion comorienne apparaît largement acquise à une intervention militaire à Anjouan, une des trois îles de l'archipel des Comores où le gouvernement fédéral s'apprête à envoyer des troupes pour déloger l'homme fort de l'île, Mohamed Bacar.
Difficile de trouver aujourd'hui à Moroni un farouche opposant à une intervention militaire à Anjouan, véritable leitmotiv des discussions à Moroni et dont la conclusion demeure en substance toujours la même: Mohamed Bacar doit partir.
"Il faut arrêter Mohamed Bacar. Nous avons été les premiers à préconiser l'usage de la force contre lui, bien avant le président", affirme Chabane Mohamed, secrétaire régional pour la Grande Comore du Syndicat national des professeurs comoriens (SNPC).
M. Bacar a été réélu président d'Anjouan le 10 juin 2007 à la suite d'une élection rejetée à la fois par l'UA et l'Etat fédéral. Depuis, il refuse d'organiser un nouveau scrutin et semble vouloir se maintenir au pouvoir à tout prix.
"Il faut en en finir avec le régime de Mohamed Bacar. Et rapidement. Nous avons tous des parents à Anjouan qui subissent quotidiennement toute sortes d'exactions", renchérit Abdou Djabir, professeur de droit à l'Université des Comores, ajoutant: "Je crains toutefois des règlements de comptes entre Anjouanais."
Mercredi, l'Union africaine s'est dite prête à soutenir "militairement et logistiquement" le gouvernement de l'Union des Comores dans le cadre d'une opération militaire contre l'île d'Anjouan préparée actuellement par l'Etat fédéral.
Une ultime mission de l'UA est attendue à Moroni rapidement pour poser les termes d'un ultimatum aux autorités d'Anjouan.
Depuis plusieurs semaines, la télévision et la radio nationale ont modifié leurs programmes pour diffuser des émissions de "sensibilisation" sur l'opération militaire en préparation.
L'édition de la Gazette des Comores, qui a récemment publié les photos de deux hélicoptères de combats arrivés d'Ukraine, a été vendue en moins d'une heure.
"Chez Nassib", restaurant rapide et lieu de rencontre près du marché Volo-Volo, fonctionnaires, manoeuvres et chômeurs viennent animer "radio Cocotier" (le bouche à oreille), dont l'unique sujet depuis plusieurs semaines est "le débarquement".
"Dix ans de séparatisme, c'est trop. Il faut envoyer l'armée à Anjouan, régler ce problème une bonne fois pour toute", soupire Abdouroihamane hadji Himidi, ancien préfet.
"Il faut y aller non seulement pour enlever Mohamed Bacar mais surtout pour désarmer les milices. Car si on laisse les armes circuler, il y aura demain d'autres Mohamed Bacar", met en garde Mohamed Salim, ingénieur au commissariat au plan, persuadé que la crise anjouanaise "paralyse le pays".
Des voix s'élèvent également pour réclamer des poursuites pénales contre M. Bacar: selon Zakaria Halidi, président d'une commission qui s'occupe des déplacés d'Anjouan à Moroni, "Mohamed Bacar a le dos au mur (...) Il ne faut pas le laisser filer. Il faut le juger pour ces crimes contre l'humanité".
L'une des rares personnalités politiques qui s'était opposée à une intervention militaire à Anjouan, l'avocat franco-comorien Said Larifou, président du parti d'opposition Ridja, a fini par s'y rallier.
"Dans les circonstances exceptionnelles actuelles, le rassemblement de toutes les forces vives de la nation est une exigence pour continuer à oeuvrer inlassablement en faveur de l'unité, de l'intégrité territoriale et de la stabilité institutionnelle", a fait savoir Me Larifou dans un communiqué.
source :afp
notre commentaire: la population interogée à la grande comore est ette représentative de la population anjouannaise? est elle représentatrive de la population qui subira la guerre?